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« Avec Ipsos, Askia reste Askia ! » - Interview de Jérôme Sopocko et Patrick George Lassale, co-fondateurs d’Askia

23 mars 2020

L’annonce est tombée il y a quelques jours : Ipsos prend une participation majoritaire au capital d’Askia, spécialiste des solutions logicielles dans le domaine du Market Research. Une acquisition de plus pourrait-on dire, celles-ci étant de plus en plus fréquentes dans cet univers. Mais la nouvelle a néanmoins surpris une partie au moins des acteurs du marché, du fait de l’image d’indépendance fortement associée à cette société. 

Pourquoi cette opération ? Pour quoi faire ? Quels changements cela induit pour les clients d’Askia ? Ce sont les questions auxquelles répondent Jérôme Sopocko et Patrick George Lassale, ses deux cofondateurs.

MRNews : Il a été annoncé il y a quelques semaines une prise de participation majoritaire d’Ipsos dans le capital d’Askia. La dynamique d’acquisition est bien présente dans l’industrie depuis quelques années maintenant. Mais cette nouvelle est pourtant apparue comme une petite surprise… 

Jérôme Sopocko : C’est une décision qui doit être mise en perspective avec notre histoire, et qui a été prise en tenant compte de certains éléments de contexte. Depuis qu’elle existe, Askia n’a jamais été attirée par les sirènes du "Enterprise Feedback Management" (EFM) ou "Voice Of the Customer" (VOC) mais a toujours eu l’ambition de se concentrer sur les Instituts. Cela s’est traduit par des objectifs que nous avons tout fait pour atteindre en nous appuyant exclusivement sur une croissance organique. Mais nous avons pris conscience des limites de ce schéma. Le constat est devenu évident lorsque nous avons vu d’autres compétiteurs croitre fortement, en s’appuyant sur des technologies face auxquelles nous n’avons pas de complexe d’infériorité à avoir. Je pense à Confirmit par exemple, ou bien à Decipher de Focus Vision. Qualtrics, par le montant de son acquisition, est un cas assez à part. On a vu par ailleurs Google lancer sur le marché ses Google Forms, et même une société telle que « Survey Monkey » atteindre des niveaux de valorisation très élevés… Dans ce contexte, nous avons réalisé la nécessité de pouvoir être épaulés par des partenaires financiers, pour continuer à jouer un rôle et pouvoir l’amplifier. Avec, sur le papier, deux grandes options. La première consistant à passer un deal avec des Venture Capitalists. Elle était complètement inenvisageable pour nous ; ce type d’acteurs aurait exigé que nous renoncions à nos valeurs pour nous soumettre à une loi du marché sans âme. La seconde était de se rapprocher d’une société ayant une vision entrepreneuriale plus que financière. Elle nous a semblé la meilleure, sans aucune hésitation.

En mettant de côté l’option des Venture Capitalists, pourquoi Ipsos plutôt qu’une autre société ? Pourquoi de son côté a-t-elle fait ce cheminement vers Askia ?

JS : Cela s’est fait progressivement. Dans un tout premier temps, en 2017, Ipsos a lancé un appel d’offres pour remplacer un outil important pour lui, Dimension, un produit qui s’était retrouvé à l’abandon suite à différentes cessions (SPSS-IBM-UNICOM). Nous avons ainsi été mis en concurrence avec une quinzaine d’éditeurs. Askia a été short-listé, mais, in fine, Ipsos n’a pas mené le processus à son terme. Début 2019, Ipsos Digital nous a néanmoins demandé de travailler sur le projet « Fast Facts », qui est leur solution de DIY, et de leur fournir le « backbone » dont ils avaient besoin. Ce partenariat s’étant bien déroulé, Ipsos nous a proposé de prendre une part majoritaire de notre capital. Ils étaient prêts à investir, non pas dans une logique purement financière, mais parce qu’ils étaient preneurs d’une équipe, de ses compétences et d’un outil - Askia. Et ce pour bâtir une plateforme qui ait valeur de référence pour le marché, et non pas pour se l’accaparer.

Patrick George Lassale : On oublie souvent qu’Ipsos est l’une des plus grosses sociétés de Market Research dans le monde. C’est un groupe qui pèse près de 2 milliards d’euros de CA, avec environ 18000 collaborateurs dans le monde. Mais je crois qu’il faut aussi insister sur la composante humaine et le rôle clé qu’a joué Andrei Postoaca, le CEO d’Ipsos Digital, dans cette opération. C’est lui qui nous a proposé de collaborer sur « Fast Facts ». Et qui a ensuite lancé et chapeauté les due-diligence en vue de la prise de participation. Ce fût l’occasion d’échanges techniques intenses et passionnants avec les experts d’Ipsos. Mais ce fût aussi une expérience humaine enrichissante, avec Andrei et son équipe d’abord, puis avec Didier Truchot et Laurence Stoclet. 

Ipsos est un groupe dont la fibre entrepreneuriale est unanimement reconnue. Mais l’indépendance est fortement associée à l’image d’Askia. Cette décision était-elle si facile à prendre ?

PGL : La première question que nous a posée Didier Truchot portait précisément sur ce point : si nous intégrons votre capital, comment allez-vous faire pour conserver votre relation avec vos clients ? Le fait que cet enjeu – et donc celui de notre indépendance - soit posé d’emblée a été déterminant pour nous. Les choses sont claires : nous voulons travailler sur un produit qui soit bon pour l’industrie. Les équipes sont parfaitement en phase avec cette vision. Elles en ont accueilli les conséquences avec enthousiasme. Il ne s’agit plus pour elles d’être les collaborateurs d’une société de 50 personnes, mais de devenir les évangélistes d’une solution qui doit être une référence à l’échelle mondiale.

Quelles sont les conséquences pour la marque Askia, pour votre mode de fonctionnement, et pour vos clients ?

JS : La marque Askia reste, bien sûr. Nous intégrons un comité exécutif et participerons donc pleinement aux décisions, en tant que co-gérants. La société devrait doubler ou tripler de taille dans les années qui viennent. Notre logiciel va fortement évoluer pour se faire encore plus professionnel, « scalable » et facile d’utilisation qu’il ne l’est aujourd’hui. Le grand changement est que nous allons avoir des moyens cohérents avec nos ambitions quant à la performance de nos solutions.

PGL : Nous appuyer sur les investissements d’Ipsos nous permettra rapidement d’améliorer les délais de livraison de nos nouvelles versions, et d’offrir une meilleure qualité de service, ce qui est bien sûr essentiel pour nos clients. Jérôme l’a évoqué mais j’insiste sur ce point parce qu’il me parait vraiment essentiel : la solution sur laquelle nous allons travailler ne sera absolument pas exclusive à Ipsos, mais aura au contraire vocation à être utilisée par tous nos clients.

JS : Nous voulons réellement bâtir une référence pour l’industrie. Ce qui va nous amener à créer prochainement un Advisory Board, pour que nos clients puissent partager avec nous leur vision, leurs conseils. Il faut bien sûr que tout cela ne soit pas de vaines promesses, et que nous fassions nos preuves. L’alliance d’Askia avec Ipsos garantit à nos clients la pérennité de notre structure. Ils peuvent désormais s’appuyer sur une solution qui ne fera que progresser, à l’abri des aléas du venture capitalism, et dans des niveaux de prix qui resteront cohérents. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils soient gagnants dans l’histoire. De notre côté, nous et nos équipes sommes motivés comme jamais pour travailler dans ce sens !


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